Laurent Schlumberger, nouveau président de l’Église réformée de France

mercredi 19 mai 2010
par  EPUdfBAYBIA

Ce pasteur a été élu vendredi 14 mai président du Conseil national de l’Église réformée de France pour un mandat de trois ans. Il succède au pasteur Marcel Manoël, en poste depuis 2001

Laurent Schlumberger

Légèrement penché en avant, appuyé sur ses bras croisés, Laurent Schlumberger répond aux questions, ses yeux d’un bleu profond plongés, au loin, dans la contemplation d’on ne sait quel objet intérieur. À la fois très présent et ailleurs, ou plutôt en retrait.

Ce mélange de réflexion et de chaleur est bien à l’image de celui qui vient d’être élu à la tête du conseil national de l’Église réformée de France (ERF), principale branche historique du protestantisme hexagonal.

« Lorsque j’étais enfant, nous passions les vacances à Sarzeau, sur la presqu’île de Ruys, chez une grand-tante, raconte-t-il. Elle avait embarqué pour le Cameroun comme missionnaire dans les années 1930, mais plutôt que d’évangéliser les tribus, elle avait voulu les comprendre, en les observant, recueillant leurs contes et composant des monographies. »

« La spiritualité monastique n’est pas l’apanage du catholicisme » De cette épopée africaine survécurent les masques et bibelots exotiques qui peuplaient son bureau en Bretagne et fascinaient le jeune Laurent. « Mon grand-père avait quant à lui écrit un ouvrage sur la psychologie de la conversion, un thème pour le moins novateur à l’époque, poursuit-il. Tous deux avaient ce côté très rationaliste dont j’ai hérité, qui me porte à observer, à réfléchir, à relativiser… Mes enfants me taquinent là-dessus. J’ai tendance à être plutôt trop critique que pas assez. »

Observateur lucide, théologien réputé pour sa capacité d’analyse et sa hauteur de vue, ce pur produit du protestantisme français l’est, à n’en pas douter. Mais “rationnel” n’est pas contradictoire avec “spirituel”, nuance-t-il. Peut-être plus que ne le faisaient autrefois les héritiers de Calvin, pudiques dès qu’il s’agissait d’évoquer leur foi, Laurent Schlumberger, 52 ans, pasteur depuis vingt-sept ans, revendique de manière décomplexée un attrait pour la mystique. « Le tête-à-tête avec Dieu n’est pas un renoncement à la raison. Au contraire. »

Celui qui soutint une thèse de théologie sur le « monachisme laïque » et qui s’inscrit dans l’héritage de Wilfred Monod, fondateur du mouvement de spiritualité des Veilleurs, reconnaît aimer prier à genoux. « La spiritualité monastique n’est pas l’apanage du catholicisme », se défend le réformé, tout en estimant que le protestantisme est resté quelque peu « infirme » de ce côté-ci.

« Très attentif à l’actualité, à la modernité de la société » Une fois par mois, le pasteur largue les amarres et part dans un ermitage en région parisienne. Que ce soit en banlieue parisienne au début de sa carrière ou comme président du conseil de la région Ouest de l’ERF, à la tête de la grosse communauté de Nantes ou de la petite paroisse réformée de Laval, ou encore, ces dernières années, détaché auprès de la Mission populaire évangélique, Laurent Schlumberger a toujours eu besoin de ces espaces de liberté, où recevoir le « sel de la vie ». La montagne, où ce sportif s’est passionné d’alpinisme alors qu’il était étudiant. Le ciel, que le pilote amateur a sillonné à n’en plus finir, durant ses années de ministère en Mayenne. La petite maison de pêcheurs en ruines, qu’il est en train de restaurer en face du golfe du Morbihan.

En l’élisant à sa tête, l’Église réformée de France va-t-elle rompre pour autant avec sa tradition de christianisme social ? Loin s’en faut.

Tour à tour étudiant en sciences économiques, aumônier de prison, accompagnateur de personnes handicapées, en dialogue étroit avec les élus locaux durant ses années nantaises et, dernièrement, responsable du Foyer de Grenelle, qui accueille les personnes de la rue, migrants et sans-papiers, « Laurent Schlumberger est très attentif à l’actualité, à la modernité de la société, a pu constater Bernard Brillet, inspecteur général au ministère de l’écologie, qui fréquenta sa paroisse à Nantes il y a vingt ans. Il a aussi une lecture de la Bible très originale et approfondie, avec cet art de l’expliquer pour aujourd’hui. On ressort de sa prédication avec des messages clairs et simples. Il ne laisse pas indifférent : à son contact, la vie prend du sens. »

« C’est aussi dans le travail biblique que je me ressource » « Engagement social et spiritualité vont de pair, confirme le nouveau président. On a parfois du mal à marier ces dimensions, mais ce sont des étroitesses mal placées. Il faut développer une Église en “3D” : prier, servir, témoigner. »

S’il fut lui-même tenté, avec son épouse, d’entrer dans une communauté à vocation œcuménique dans les années 1980, il comprit qu’il s’agissait plutôt d’une tentation de fuite. « Un des premiers messages qu’il nous a donnés en arrivant à Nantes, se souvient encore Bernard Brillet, c’est : “Allez dans les rues et les carrefours, ça ne se passe pas dans l’Église. Soyez engagés dans votre vie”. »

Prédicateur renommé, Laurent Schlumberger avoue consacrer des heures à la préparation de ses sermons. « C’est aussi dans ce travail biblique que je me ressource. Je ne transige pas avec les résistances du texte, sinon le risque est de le tirer à soi », avertit-il.

« Une capacité impressionnante à suspendre son jugement pour écouter l’autre » De temps à autre, il partage ses trouvailles avec son épouse, Sophie, pasteure également, responsable du Service biblique de la Fédération protestante de France (FPF). Ce passionné de romans puise son inspiration dans les galeries de portraits de la Bible : Abraham, Isaac, Jacob… « La vie qui, pour ces hommes, semblait si difficilement lisible était claire pour Dieu, elle faisait sens pour lui et c’est ce qui compte. Surtout ne pas vouloir faire de sa vie une œuvre, une carrière, insiste-t-il. Mais essayer de vivre cet insouci de soi, cette attitude de dessaisissement si chère au protestantisme réformé. »

« Il a une capacité impressionnante à suspendre son jugement pour écouter l’autre, souligne le pasteur Jean-Charles Tenreiro, ami et complice de trente ans. Il ne s’emporte jamais, mais sait se contrôler en toutes circonstances. » « Il sait aussi choisir ses collaborateurs, déléguer, responsabiliser les gens, complète Bernard Brillet. Il gère par le sens, en nous incitant à ne pas rater l’essentiel. C’est un inspirateur pour l’action. »

Une diplomatie qui lui sera sans doute précieuse dans ses nouvelles fonctions, puisqu’il lui faudra notamment traiter les versants administratifs et institutionnels du rapprochement avec les luthériens, mis en route il y a deux ans et prévu pour 2013.

« La transmission est pour nous la question clé » « C’est l’heure de mettre les mains dans le cambouis, à savoir harmoniser les systèmes de retraite ou les types de rémunération entre les deux Églises. Tout ce travail n’a rien de théologique ni de sexy ! mais il est nécessaire », plaisante le pasteur Schlumberger. Il se dit aussi très à l’aise avec ses voisins évangéliques : « Le Conseil national des évangéliques de France (Cnef) est une bonne chose s’il tend à rapprocher des églises entre elles. Mais ce regroupement aurait toute sa place au sein de la FPF », avance-t-il, ne désespérant pas que le Cnef l’intègre un jour.

Aussi à l’aise dans une communauté évangélique que dans une paroisse catholique, Schlumberger est un partisan de l’œcuménisme : « celui de la base, plus que du protocole », précise-t-il, convaincu que la diversité du christianisme remonte à ses origines : « Quatre évangiles, cela signifie déjà quatre manières d’exprimer une même bonne nouvelle, qui s’appellent les unes les autres. C’est la même chose pour les Eglises », clame-t-il. « J’ai simplement du mal à accepter qu’on absolutise une de ces manières ».

Pour autant, Laurent Schlumberger est catégorique : il n’a pas été élu sur un programme. ll n’en a pas. Mais une sensibilité que les protestants connaissent bien, concède-t-il.

« La transmission est pour nous la question clé, à l’heure où les terroirs protestants sont de moins en moins évidents. Il nous faut retrouver une manière pertinente et vivante de témoigner de notre foi, qui ne se limite pas à une opération de communication », martèle le pasteur, auteur d’un ouvrage intitulé Sur le seuil. Les protestants au défi du témoignage (1). « Être témoin, ce n’est pas dire : “Écoute-moi”, mais : “ensemble, écoutons-Le.” »

Article paru dans le journal la Croix le 16 mai 2010

lire aussi un entretien avec Laurent Schlumberger dans http://www.reforme.net/archive2/article.php?num=3177&ref=1500



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