Histoire du Protestantisme Réformé de la Côte Basque

samedi 23 janvier 2010
par  Bonnefous

BAYONNE

On parle pour la première fois d’"hérétiques" à Bayonne dès 1546, année de la mort de Luther. Il est question d’un menuisier, un certain René Charretier qui "pour faire amende honorable au vrai Dieu, au Roi et à la justice, dut pénétrer dans la cathédrale la corde au cou, un fagot sur les épaules et une torche à la main, pour y entendre un sermon de circonstance et y adjurer sur l’hôtel de St Pierre son hérésie. Puis trainé aux différents carrefours de la ville, il fut fouetté et banni à perpétuité... !

Au cours des années 1560, on parle de plusieurs membres des élites municipales suspectes de protestantisme. Mais l’action autoritaire du gouverneur, le vicomte d’Orthe, ainsi que celle des évêques, s’opposent à la création d’une église dans la ville. On signale néanmoins la présence d’un lieu de culte clandestin face de l’aile droite de la cathédrale, entre la halle et la poissonnerie (sur l’actuelle place Pasteur). Un peu plus tard, au cours du XVIIme siècle, le port de Bayonne prenant de l’importance, va attirer et accueillir une forte communauté Hollandaise...avec un certain nombre de protestants. Mais comme les huguenots bayonnais, ils devront se rendre à Hastingues (près de Peyrehorade) pour pouvoir assister à un culte public ou ensevelir leurs morts ! La révocation de "l’Édit de Nantes" (1685) provoquera le départ de ces Hollandais, et obligera les huguenots bayonnais à rentrer en clandestinité et à pratiquer secrètement leurs cultes dans des caves autour de la cathédrale. Notons que la Saint-Barthélémy (1572) ne sera pas ressentie à Bayonne. Après "l’Édit de tolérance" en 1787, la communauté va renaître et se développer à nouveau. Et au tout début du XIX siècle, son lieu de culte est encore signalé dans une cave de la maison Dhiriats près de la cathédrale. Durant tout ce laps de temps la vie des huguenots fut donc une succession de vicissitudes. Entre 1560 et 1600 par exemple, au temps des guerres de religion, tous les jurats et conseillés de la ville nouvellement élus se devaient obligatoirement de prêter serment à la cathédrale, sur l’hôtel de St Pierre ou les reliques de St Léon le patron de la ville. Cette mesure devant permettre de détecter ceux qui parmi les élues auraient été éventuellement attachées aux "nouvelles idées" car ils n’auraient pas pu accepter pareille prestation. Le 3 décembre 1565 un protestant refusa cette cérémonie. Toutefois une certaine tolérance aidant à ce moment là, on le pria d’aller "à la campagne" faire cette promesse...dans un temple ! Par contre en Octobre 1567, un jurat : Pierre de Montador fut convoqué par le corps de la ville car il n’avait pas encore prêté le fameux serment. Sommé d’obéir il avoua être de la RPR (religion prétendue réformée) et n’ayant pas obtempéré il fut rejeté. Quelques sept années plus tard pour la même raison, deux dispenses d’assister à ce serment furent encore prononcées par le conseil de la ville qui avaient supplié de ne pas : je cite... "contraindre des personnes à aller aux cérémonies répugnantes pour leur conscience" On mesure là les variations pouvant exister concernant le degré des relations entre les communautés religieuses ! Toujours à la même époque on note deux enterrements : d’un homme et d’un enfant, qui eurent lieu "en terre profane" c’est à dire dans les dunes du bord de mer, car ils étaient protestants et n’avaient pas accès au cimetière. Une autre famille à l’occasion du décès d’un de ses membres crut bon de s’enquérir d’un ministre (un pasteur) qui était dans la région. Cette famille se vit amender de mille livres ( c’était considérable) ce qui provoqua son renoncement à cette démarche. Il est également signalé des problèmes en ce qui concerne l’instruction religieuse des enfants ; Certaines familles élevant leurs enfants chez eux, on ne tarda pas à les soupçonner d’endoctrinement en faisant appel à des régents huguenots. C’est pourquoi en 1574 à Bayonne on rendit l’école obligatoire et on obligea les ordres mendiants de la ville (Carmes, Augustins et Jacobins) à faire venir des prêcheurs pour les instruire "dans la sainte église romaine afin que l’hérésie ne fourre pas son nez dedans, et que la fausse doctrine ne s’enracine pas en la ville ni le diocèse"

En 1575 on signale un certain huguenot béarnais, Pierre Rousselet, qui "reçu commandement de vider la ville dans les 4 jours, sous peine de pendaison et d’étranglement !"... ce à quoi Rousselet se permis de répondre"que sa majesté avait puissance sur sa vie et ses biens, mais pas sur sa conscience !" Un peu plus tard pour la même raison un certain Sarrat, originaire de Dax, fut saisi, trainé sur une claie, puis pendu devant le château vieux ! A cette époque, on signale aussi des réunions de protestants dans les bois de Beyris, aujourd’hui un quartier sud de Bayonne. Dés lors il fut interdit aux protestants de sortir de la ville sans avoir un laisser passer. On les mis dans l’obligation de "se tenir en leur demeure avant 6h00 du soir au plus tard !"

Après l’Édit de Tolérance de 1787, la communauté protestante va renaître et se développer à nouveau.Au tout début du XIX°siècle, son lieu de culte est une cave de la maison Dhiriats, près de la cathédrale. Voilà relaté quelques exemples montrant l’existence de protestants à Bayonne depuis le XVI° siècle. L’ouverture d’une école protestante, elle aussi va susciter beaucoup de débats. Les Réformés demandent une autorisation en 1851 mais il va falloir attendre 1859 pour obtenir qu’une décision préfectorale en fasse accepter le principe à la municipalité. L’école va s’ouvrir d’abord rue port de Castets, puis en 1865, rue Montaut tout près de la cathédrale. Elle recevra bon nombre d’enfants de réfugiés espagnols.

Ce n’est qu’en 1921 qu’Henri Pyt, pasteur évangélique venant de Suisse est nommé à Bayonne. Sa prédication est nouvelle : elle est centrée uniquement sur le message évangélique et la personne du Christ. Henri Pyt sera le véritable organisateur de l’église réformée de la côte Basque. Les protestants obtiendront l’autorisation d’un premier lieu de culte officiel appelé "Auditoire"qu’ils vont louer au 1er étage d’une maison rue Thiers...à l’emplacement des galeries Lafayette actuelles. Ils obtiennent en même temps la création d’un carré dans le cimetière de St Léon, car ils étaient contraint jusque là d’ensevelir leurs morts dans les dunes de Blancpignon à Anglet...mais cette mise officialisation du protestantisme Bayonnais déclancha une très forte hostilité de l’évêque, Mgr d’Astros, qui entama une violente controverse avec le pasteur Henri Pyt, dont on se souviendra longtemps.

Ce n’est que grâce à la venue en 1839 de la comtesse d’Orléans, de confession protestante, qu’un terrain de 300m2 est alloué par la ville à la communauté protestante, sur un emplacement dégagé lors de l’ouverture de la ville, par la démolition d’une partie des fortifications. C’est là que se trouve le temple actuel construit sur pilotis (parce que sur les anciens fossés de la ville) suivant les plans de l’architecte municipal Boulanger. Il sera inauguré en Juin 1847. Une représentation de la Bible sur son fronton permet de l’identifier. Un premier synode régional y sera organisé en 1907...


BIARRITZ

Depuis quelques années, sous l’impulsion de l’empereur Napoléon III et de son épouse, l’impératrice Eugénie de Montijo qui y venaient régulièrement, ce petit village de pêcheurs de baleine qu’était jusqu’alors Biarritz, s’était transformé, en une station balnéaire à la mode parmi les plus prisées d’Europe. Elle attirait tout le gotha de la noblesse internationale et avec elle un certain nombre de protestants. Au début les cultes se faisaient dans des salons particuliers ou dans une salle prêtée par la mairie. Puis on demanda un terrain à la ville... qui refusa ! Mais en 1882, la Comtesse de Nadaillac, protestante et fille de Benjamin Delessert le fondateur des caisses d’épargne, qui elle aussi venait régulièrement à Biarritz, offrit un petit terrain jouxtant les écuries de sa propriété au dessus des falaises de la "côte des basques", afin d’y construire un petit temple qui servirait aux Réformés et à la communauté Presbytérienne anglaise. La comtesse offrait en plus l’harmonium, le baptistère et la table de communion. Un autre notable offrant un poêle style alsacien (en céramique) et une autre personnes deux fauteuils destinés aux cérémonies de mariage ! En 1884 l’inauguration du nouveau temple eu lieu en présence du Maire et de représentants de tout le Consistoire du Béarn. Dans les années suivantes, des erreurs et des manques sur l’acte de donation occasionnèrent pas mal d’ennuis, quelques héritiers de la comtesse allant jusqu’à réclamer la restitution du terrain dans son état d’origine...Mais le temple était construit et ce ne fut jamais réalisé ! La croix qui orne la façade du temple déclencha à l’époque une polémique quasi nationale dans le protestantisme français...car beaucoup auraient préféré y voir une Bible...signe beaucoup plus Huguenot ! Le temple actuel est toujours là au 23 rue Peyroloubilh.


SOORTS-HOSSEGOR

A l’extrême nord des limites de la paroisse de Bayonne Biarritz Côte Basque se trouvent les plus grandes plages de la région. Nous sommes là dans le département des Landes où de très nombreux vacanciers venus d’un peu toute l’Europe se retrouvent l’été. Après la seconde guerre mondiale des cultes d’été y sont régulièrement organisés, d’abord chez l’habitant, puis sous une grande tente...ensuite autour d’une caravane pour enfin dans les années 70 commencer à parler d’un temple d’été ! Les communes de Soorts-Hossegor offrent alors un terrain en bail emphytéotique pour y construire une "chapelle" sur les plans de Georges Delord, architecte de la ville de Biarritz et président du conseil presbytéral de Biarritz. Cette chapelle en bois, achevée en 1973 est équipée d’un logement pour les pasteurs assurant les cultes d’été. Cultes qui se font généralement en français, mais aussi assez souvent en allemand ou en néerlandais, tant ces communautés sont nombreuses l’été sur ces plages landaises. Les cultes y sont régulièrement assurés chaque année durant les mois de Juillet et Août.


L’église Réformée de la côte Basque n’a toujours eu, depuis ses origines qu’un seul Pasteur. Elle s’étend de Soorts-Hossegor (communes jumelées au sud des landes) à la frontière espagnole sur une bande côtière de quelques 20 à 40 kms de large et 60 kms de long. 320 à 350 familles composent la communauté Réformée qui est à 70% regroupées autour de l’agglomération principale du BAB (Bayonne Anglet Biarritz).


Bibliographie : "Sur les pas des Huguenots Il s’agit d’un guide touristique et historique, édité par le CEPB en 2009 à la suite d’un long travail sur les archives et sur la mémoire. 20 itinéraires en 190 pages, y replacent les étapes d’une histoire dans des lieux parfois oubliés et souvent ignorés de notre protestantisme régional (Béarn, Pays Basque et Bigorre) Pour en savoir plus : vous pouvez commander et acheter ce guide au ...

CEPB (Centre d’Étude du Protestantisme Béarnais) Archives départementales boulevard Tourrasse 64000 PAU... tel : 05.59.84.05.81 (prix 19 euros + 3 euros de port) E. Mail...cepb@univ-pau.fr ou Pour tous renseignements : Mme Mr. Jacques Bonnefous (Biarritz) tel:05.59.23.97.09....bonnefous.jacques@gmail.com



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